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17 janvier 2009 : Chronique n°47 : Janvier 2009

A mi-chemin entre la chronique historico-technique et la chronique technico-philosophique, cette chronique de mi-janvier fait suite au texte publié il y a deux semaines
(http://jiujitsu.free.fr/chroniques/historique.htm) voulant attirer l’attention sur la dérive « auto-défense réelle » qui peut naître chez les pratiquants de jiu-jitsu moderne. Oui, le jiu-jitsu (appelé plus communément en France ju-jitsu) est l’ancêtre des arts martiaux japonais, oui il est la base fondamentale du judo enseigné aujourd’hui, oui, il est un outil important dans l’étude du combat « réel », qu’il soit de guerre ou de légitime défense.
Aucun sport de compétition (à fortiori de compétition « sanglée » de règlements empêchant la pratique de tel ou tel mouvement) ne peut convenir à une approche de « combat de vie réelle », tout au plus, il est évident que le pratiquant sportif et en bonne forme se tirera plus facilement d’un moment dangereux que l’assoupi perpétuel, et le pratiquant d’un art martial sera évidemment mieux « armé » pour répondre plus ou moins efficacement et heureusement lors d’une confrontation obligée.
Le véritable danger pour le pratiquant de jiu-jitsu est de confondre tatami et trottoir. La défense personnelle n’a d’efficacité que pour un pratiquant aguerri (techniquement) et moralement. La technique s’apprend au cours ordinaire, à condition que l’enseignant attire l’attention sur les modifications apportées aux disciplines martiales lorsqu’elles sont enseignées comme « sports », le sang-froid nécessaire à la riposte en cas d’agression et la force morale indispensable à l’application de principes qui peuvent être contraire à des habitudes sportives ou mentales habituelles.
On se rappellera donc, que progressivement, les promoteurs du judo, pour des raisons de sécurité, ont retiré de la pratique de la compétition nombre de techniques déjà édulcorées au Kodokan durant l’époque de Jigoro Kano. Les pratiquants de la méthode de judo Kawaishi se souviennent encore de l’impressionnante série de clés de bras, de jambe et de cou à connaître, sans oublier les techniques d’étranglement (27 mouvements), tout cela est passé à la trappe et même des techniques d’enchaînement simple comme celle que Mochizuki* avait enseignées à Kaminaga pour qu’il domine Antoon Geesink ne sont plus aujourd’hui étudiées qu’en comités restreints puisque non autorisées en compétition officielle.
Ainsi donc, les mouvements qui avaient une efficacité redoutable devinrent souvent des techniques sportives ou gymniques.
J’avais choisi l’exemple du hara gatame tel que pratiqué par les judokas modernes pour l’expliquer plus en détail.
La technique moderne est démontrée dans le kime no kata, mais, dans son application usuelle déjà elle diffère du hara gatame fondamental en ce sens que nombreux sont ceux qui emploient une clé de bras hybride, variante de waki gatame et de koshi gatame. On aborde là la première remarque, simpliste : oui on peut appliquer une luxation de type judo et elle sera efficace, oui mais…
Mais elle doit être pratiquée parfaitement c'est-à-dire sans hésitation dans le placement et sans erreur dans les positions relatives, on conviendra que si c’est possible en démonstration, cela l’est beaucoup moins en réalité … et encore moins lors d’une réponse à une situation stressante. Ensuite… ensuite, je fais quoi ? …
Ensuite, est une autre étude qui consiste à savoir comment manipuler un agresseur après l’avoir immobilisé, mais en-est-on là ?
On a pivoté pour esquiver le coup et saisi le bras adverse au passage. On a encerclé la tête pour venir saisir le revers de l’agresseur, on s’est positionné correctement en jigotaï, l’agresseur est bloqué… enfin, il le sera lorsque le mouvement sera arrivé à la position ultime et optimale. Pratiquement, la riposte s’est déclenchée lorsque l’agresseur a senti le mouvement d’attaque contrarié et qu’il a été manipulé. La technique judo va ici être prise à son propre piège , pendant un instant court mais suffisant, l’agresseur est en pivot mais en équilibre, il n’est nullement empêché de faire un mouvement : sa réaction peut être simplement celle d’un judoka qui entre un sutemi, une traction de bras et engage à son tour une luxation sur votre jambe... ou celle d’un malfrat qui vous lance un atemi au bas ventre sans tenter de se redresser.
Il faut donc admettre que la technique parfaite étant rare, il convient d’anticiper sa pratique par des points clés qui la précèdent puis la verrouillent.
L’étude peut débuter par une approche statique conventionnelle ou même en revenir au système des positions de base (ici la position statique dite quatrième position) (pour les judokas et les novices), elle peut aussi s’apprendre sur une base dynamique à la manière des pratiquants d’aïkido en enroulement sur des attaques du haut. Hara gatame se figera en déplaçant la main haute au poignet auquel on fait subir une torsion, le ventre provoque la clé au coude adverse, mon propre coude bloque son bras en refoulant la tête de l’humérus dans sa cavité, alors s’enclenche le verrouillage, c’est le principe du blocage de trois articulations en ligne, impossible à autoriser en compétition sous peine de voir la rupture immédiate de l’une d’entre elle, dans le cas présent, le plus souvent l’articulation du coude et les points d’attache du tendon brachial.
Après avoir appris cette mise en place des bras, on veillera à la correction de la position relative des jambes, un équilibre réel : le corps ne pouvant être basculé vers l’arrière par la résistance à la luxation que présenterait Uke.
La position relative correcte n’étant atteinte qu’après avoir manipulé l’adversaire, il importe donc de préparer celle-ci en déstabilisant l’assaillant par un ou plusieurs atémis, lesquels seront donnés avec l’idée de la suite du mouvement, il ne s’agit donc pas d’utiliser des frappes qui déséquilibreraient Uke sur son arrière.
Les détails sont toujours importants ! Tori, au moment du verrouillage, reste buste droit et le regard porte vers l’avant, la tête est dans l’axe de la colonne vertébrale qui est perpendiculaire au sol. Il ne faut pas regarder le poignet saisi, encore moins le coude qui bloque le triceps adverse (mouvement fondamental) ou l’accroche de l’étranglement (variante dans le mouvement exemple), le contact avec l’abdomen doit rester franc et constant.
Lorsque le mouvement est appliqué en défense contre un coup (poing armé ou non) du bas vers le haut ou horizontalement au niveau bas, il faudra être conscient que l’application de cette technique telle que décrite souvent dans les ouvrages de self-défense moderne pèche par un excès d’optimisme en conseillant l’esquive simple avec saisie du poignet au passage. Il faut éviter en jiu-jitsu (et plus spécialement dans une technique de défense) de perdre le contact ou même simplement de « l’alléger » ne fut-ce qu’un instant, lorsque le contact a été établi, on ne peut à aucun moment perdre celui-ci à faute de se voir contrer violemment, inopinément et de manière telle que la reprise sera quasi impossible. Habersetzer, dans un mouvement similaire propose, à ses étudiants en auto-défense, une frappe au visage pendant l’esquive (ce qui a pour objet de « fixer » l’agresseur et le déstabiliser) et profitant de cela engage le plus souvent un waki gatame ce qui signifie que la saisie n’a pas été interrompue par un déplacement des mains, le contact a donc toujours existé depuis le moment d’engagement de la riposte.
Nous sommes maintenant à l’exécution du mouvement, ici plus que jamais va intervenir la philosophie du combat. Dans quelle sorte de combat sommes-nous ? La légitime défense « légale » va-t-elle nous permettre de nous en sortir heureusement ? Ce sera le thème ouvert de la prochaine chronique :
Légitime défense, légale, morale, mentale … trois concepts. * Mouvement d’épaule transformé en clé de bras avec amené au sol et immobilisation, j’en reparlerai sous peu.

Xian.