Accueil Les chroniques de Xian Chronique de Xian n°46 : Dernière chronique de l'année 2008
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5 décembre 2008 : Chronique n°46 : Dernière chronique de l'année 2008

La chronique de décembre va clôturer l’année civile occidentale 2008 qui n’a pas été du meilleur cru, je dirais même plus, dupondtesquement : ce fut de la piquette pour la plupart des activités humaines collectives, ce n’est pas l’élection d’un président US démocrate qui va renverser la vapeur, je le crains fort. Sommes-nous allés au bout de nos contradictions ? Je ne le pense pas.
Si l’ami Hugues-Henri nous dit qu’il y a fort à faire pour limiter notre consommation à l'essentiel. Les rapports des spécialistes sur le réchauffement climatique sont de plus en plus effrayants, dit-il encore, je crains que l’analyse soit par trop superficielle, des « spécialistes » j’en ai connu des tas et d’autres avant moi qui prédisaient la mort de l’humanité parce que le chemin de fer roulait à quarante kilomètres à l’heure, accélération qu’aucun humain ne pourrait supporter …
Avant de nous préoccuper des plantes et des oiseaux, ce qui est fort louable, préoccupons-nous donc de l’homme ! Pourquoi se tuent-ils à Bombai et au Kivu, pourquoi au nom de la fraternité se déchirent-ils au pays de l’égalité et du bien-être où certains veulent faire dérailler les trains.

Les arts martiaux n’échappent pas à l’emprise médiatique ni à « l’air du temps ». Faut-il donc étudier et enseigner des pouvoirs de morts ou des pouvoirs de vie ? Y-a-t-il des méthodes supérieures à d’autres, et en quoi ? Faut-il suivre d’autres voies que les chemins officiels ?
Je n’épiloguerai ni ne polémiquerai sur les événements tragiques permanents que nous présentent les « reportages ». Chacun, en son âme et conscience tire les leçons de sa vie.
Quinze ans après la fin de la seconde guerre mondiale, les arts martiaux en Europe s’enseignent selon deux filières indépendantes : les arts de guerre et les combats sportifs. Il semble que l’homme s’assagisse, le close-combat devient auto-défense, le jiu-jitsu traditionnel retourne à ses origines : un apprentissage de la vie commune initié par des personnages le plus souvent monastiques, à tout le moins, des collectivités qui n’ont d’autres objectifs en cette étude martiale que de se défendre contre les prédateurs… humains, il y en a tant !
L’aïkido tente une percée, les hippies proclament peace and love, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, c’est un rêve, la réalité nous rattrape brutalement au large des côtes somaliennes, dans les déserts irakiens, dans les villes de grande solitude. Trente ans se sont écoulés, l’Européen et l’Oriental commencent à se parler, trente années encore se passent et nous voilà au XXIe siècle, fourbus de contradictions, de faux savoir, perclus de petites lâchetés et de compromissions.
Le jiu-jitsu traditionnel moderne doit rester immuable ce qui ne veut certainement pas dire statique.
Nous les jiu-jitsuans, (jutsuka est un terme réservé au pratiquant permanent, maître de cet art séculaire) devons convenir que si les hommes se battent c’est qu’ils ne sont pas hommes, si les dieux de l’Olympe se battaient entre eux, c’est qu’à l’évidence, ils n’étaient pas de vrais dieux. Ceux qui se battent ne sont qu’êtres de pouvoir souhaitant se tenir en dehors de l’univers, nous, pratiquants d’arts martiaux sincères, nous voulons être au centre de cet univers et ne connaître nos techniques et nos méthodes que pour nous assurer que personne ne peut nous enlever notre dignité d’homme.
Ne pas se réfugier au centre d’une coquille fermée et pas non plus s’éparpiller en actions inutiles et vaines. Chercher dans l’étude de la technique le centre vital, pour le maîtriser, le rendre plus fort, le conserver. Le sport cherche des champions dominants, il n’est qu’un ersatz de guerre, l’art martial pur est un art de paix : la conservation de la vie.

Les synthèses de Kano, Ueshiba et Othsuka sont de magnifiques tentatives de ramener l’égalité et la fraternité entre Caïn et Abel, le chemin du sport n’est pas négligeable dans l’essai de réconciliation des gens et des peuples mais sans cesse on s’écarte du tracé de la route. Le jiu-jitsu européen n’est pas récent. Si l’on me demande ce que je pense de tel ou encore tel, je dis que ces gens sont admirables pour autant qu’on les regarde comme des humains faïbles. Fabian von Auerswald dans les années 1550, Niklaus Peter, cent ans plus tard sont des promoteurs inlassables de l’étude de l’auto-défense en un temps où déjà les « modernes » disaient que tout était fini, que l’épée et le mousquet allait dominer … Cinq cents ans plus tard, cheminant inversement, le Français Bernard Pariset , judoka confirmé se lance dans la promotion d’un jiu-jitsu qu’il nomme atemi-jitsu, c’est un condensé de nos contradictions puisqu’il permet de « frapper » mais pas assez fort pour « éliminer » et donc de devoir enchaîner sur des techniques « douces » mais dangereuses donc pour celui qui se croit dominant.
Vais-je rappeler, une fois encore, que le jiu-jitsu n’est pas comme on ose l’enseigner à la fédération « officielle » belge un amalgame reprenant du judo, de l’aïkido, du karaté, vais-je oser, une fois de plus dire qu’il n’y a pas de combat en jiu-jitsu, l’attaque ou la défense durant une seconde deux dixièmes, toute poursuite de lutte est un échec puisque le but même de l’art est d’éviter le combat … avec « élimination » de l’agresseur ou maîtrise de celui-ci en fonction d’une culture sociale, d’un moment politique, d’un sens humain que l’on se donne par choix, par éducation, par …
Par simple humanisme.

Quelques exemples pratiques feront mieux qu’un discours, je disséquerai donc la première semaine de janvier pour les lecteurs de cette chronique un mouvement basique de l’atemi-jitsu, un autre du Tenshin, un troisième de cette médication cinématographique appelée karate-jitsu, mot proprement inventé par un Français ou un Américain en mal de subsides étatiques. Ce sera donc une chronique tout à fait « technique ». Mon souhait pour ce premier moment de l’an neuf 2009 est qu’ainsi le pratiquant sincère comprenne le chemin qu’il souhaite réellement suivre et pourquoi celui-là plutôt qu’un autre.

A bientôt, bonne fin 2008, bonne pratique de votre art et longue vie au jiu-jitsu.

Xian.