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Chronique de Xian n°45 : Toujours les styles... PDF Imprimer Envoyer
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8 novembre 2008 : Chronique n°45 : Toujours … les styles …

En marge des querelles de « fédérations », en suite possible aux chroniques 23 et 29, à la demande de certains égarés dans les labyrinthes, ces lignes …

L’origine du ju-jutsu enseigné à la FFJDA est la compilation du Jiu-Jitsu de Tomiki (Kodokan), des techniques franco-japonaises de Mikonosuke Kawaishi et de l’introduction sans retenue des techniques d’atemis (influence mode du Karaté pratiqué à la Montagne Sainte Geneviève par Henri Plée) mis au goût du grand public par Bernard Pariset sous le terme d’Atemi-Jitsu. Celui préconisé en Belgique par la Ligue belge de Judo, devenue je ne sais quel patronyme actuel, est la même méthode, promue par Madame Leleu et Monsieur Maes enthousiastes de la méthode d’ Eric Pariset, pour son côté résolument pédagogique et se référant au judo actuel.

Ces explications pour claires et simples qu’elles soient ne satisfont pas le besoin de « savoir » de certains d’entre nous qui disent : oui mais, oui mais, on parle partout de styles…

....De ces styles !

DAITO RYU - KANSHIN RYU - YOSHIOKA RYU - YAGYU RYU - -TAKEUCHI RYU - lSOGAI RYU - YOSHIN RYU - SEKIGUCHI RYU - TENSHIN SHINYO RYU...
La liste est impressionnante ...
Un mot s'y retrouve sans cesse bien mal compris des Occidentaux.
RYU
Il signifie "école".
Les styles portent donc en général le nom de leur fondateur ou encore des styles dont il est plus ou moins adepte.
Le style définit la méthode utilisée par telle ou telle école mais toutes les techniques d’autodéfense japonaises ont pour origine le JIUJUTSU (que l’on appelle selon les régions et dialectes YAWARA. GOSHINJITSU. TORRIDE etc...) (et que l’on écrit comme on veut, la prononciation japonaise n’ayant aucun vocable similaire en langues gréco-romaines). C'est tout simplement l'art de se défendre au corps à corps.

Il ne faut pas confondre le nom d'un art martial avec un nom d'école.
Tout le monde peut prétendre pratiquer JUJUTSU, AIKIJUTSU, TAIJUTSU, ou autre discipline similaire et appartenir à un organisme fédéral national ou international sans pour autant connaître les particularités et la doctrine d'une méthode bien définie par un nom sans équivoque.
Pratiquer KARATE n'implique pas d'appartenir au SHOTOKAN RYU, WADO RYU, GOJU RYU... Pratiquer AIKIDO ne suppose pas être membre de l'AIKIKAI. YOSEIKAN. YOSHINKAI... Pratiquer JUDO n'autorise personne à se proclamer du KODOKAN s'il n'est pas diplômé de cet institut. On appartient ou on n'appartient pas à une école qui propose l'enseignement d’un Maître fondateur.

Hélas, le temps des Maîtres indiscutés est révolu et fleurissent partout, au Japon et ailleurs des dojos où le "Maître" enseigne une méthode... qui en vaut parfois bien une autre, mais où il est souvent difficile de s'y reconnaître vraiment... réelle tradition ? système personnel ? charlatanisme ?

Cassons les pattes des canards boiteux, il n’y a pas de méthode supérieure à une autre, il y a des préceptes communs appliqués différemment selon la finalité poursuivie. Il n’y a aucune raison d’enseigner similairement à celui qui veut faire de la compétition, celui qui veut pratiquer un art, celui qui veut s’oxygéner, celui qui veut devenir CRS de choc ou para commando.

S’il n’y a pas de méthode meilleure qu’une autre ou d’école, il y a des gens plus subtils et d’autres qui ne vendent que du vent, il y a de bons et de moins bons enseignants, il y a des étudiants et des farceurs.

La discipline enseignée à la FFJDA est un amalgame original au départ de techniques réellement enseignées autrefois et mises à la disposition des élèves franco-européens selon des méthodes pédagogiques propres, certainement pas compréhensibles par des Orientaux. Les façons orientales et occidentales de penser sont radicalement différentes en ceci comme en tout autre chose, les industries, le travail, la société, les banques … tout. Chaque culture connaît ses propres disciplines, les Jésuites et les Chevaliers sont de chez nous comme les Samouraïs et les prêtres Shinto sont au Japon.

Dans l’organisme humain, l’énergie physique est sans cesse transformée en énergie physique et vice-versa, tout obstacle à cette transformation devient immobilité.
C’est en partant de ce principe qu’à l’Est comme à l’Ouest vont se développer des idées et des manières de faire : la sublimation par exemple. Le jiu-jitsu, au-delà de son concept d’auto-défense et de gymnastique de bienfait corporel immédiat est une application directe de cette théorie.

Le jiu-jitsu est un art japonais qui ne peut être assimilé aux techniques dont il tire certaines de ses caractéristiques, aussi bien qu’on ne pourrait qualifier une automobile Renault d’assyrienne ou de hongroise au fait qu’une carriole biblique est assez rigoureusement égale à la charrette des rois fainéants et aux carrosses des dames habsbourgeoises.

Le bouddhisme, originaire de l’Inde, subit de profondes altérations au contact de la culture chinoise puis, il se transforma encore pour de venir le japonais ZEN.
Si quelque chose vaut la peine d’être pratiqué, autant le faire bien pense le peuple japonais qui assimilant l’ICI et MAINTENANT transforma des courants de pensées en actions physiques censées être sans cesse la perfection.
L’instruction et le développement humain ne passe pas par la mémorisation ou l’application de règles mais à découvrir sa propre nature. Ainsi se créa et s’enseigna au Japon le Jiu Jitsu. S’y incorpora ultérieurement la culture essentielle des arts et le code du katana, le Bushido, que l’on peut comparer, sans s’y tromper à une sorte de code de chevalerie. Avec l’introduction des armes à feu, l’épée, là-bas comme ici en Occident perdit de sa valeur pratique et ses adeptes la firent perdurer au sein d’écoles où l’art de manier le katana survit comme un accomplissement spirituel et moral que l’on retrouve aussi dans le kendo et le kyudo.

Après l’époque de la féodalité nipponne survint le grand engouement de ce pays pour l’Occident. Le Japon commença alors à exporter biens matériels et culturels. Le jiu-jitsu fut ainsi colporté vers les États-Unis et l’Europe particulièrement. Au cours de la première année Meiji, Jigoro Kano qui étudiait le Tenshin Shinyo et le Kito « inventa » sa méthode qu’il transforma rapidement en Judo « exportable », c'est-à-dire en appliquant au Judo les valeurs sportives et morales de l’Occident. En effet, le Jiu-jitsu ayant survécu à l’instauration de nouvelles règles de vie ne consistait, sauf chez des maîtres rares, qu’en applications de techniques brutales et mortelles ayant perdu le sens originel de souplesse et le désir de maîtriser des formes très complexes « artistiques ». Le jiu-jitsu originel n’est donc quasi plus pratiqué en tant que système d’intégration sociale psychophysique.

Les écoles européennes de jiu-jitsu dérivent principalement de l’engouement réciproque franco ou germano-nippon et des réalités anglo-saxonnes. On peut dont dire que la pratique actuelle au sein d’une fédération comme la FFJDA est une suite logique (donc essentiellement occidentale) ainsi que je le signalais au début de cet article, des techniques transmises par les élèves de Yuko Tani et de Kungi Koizumi, harmonieusement « mixées » avec les pratiques de self-défense mises en place par Tomiki au Kodokan. A ces pratiques assez originelles furent adjointes au début des années 1970 des techniques dérivées de l’enseignement britannique des « commandos », lesquels avaient puisé leur savoir dans la « self-défense » de Kawaishi et les préceptes d’atémis mis au goût français par Bernard Pariset.

Xian.