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Chronique de Xian n°4 : Au centre de l'action PDF Imprimer Envoyer
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13 septembre 2003 : CHRONIQUE N°4 : C'est parce que le centre est immobile que la roue tourne

Incontestablement, notre société est aliénante et il n’est d’exemples et leurs contraires qui ne foisonnent à notre esprit sans cesse perturbé, tiraillé yin et yang. L’aliénation sociale est totale, sans recours. Cette société qui aliène sans rien offrir en échange pousse irrémédiablement l’homme vers la reconquête de lui-même, le phénomène s’est maintes fois répété des porteurs d’évangiles chrétiens aux kamikazes palestiniens, des hordes mongoles aux biplans nippons s’écrasant sur Pearl Harbor.

Certains parlent des méfaits qu’engendrent notre façon de vivre et font le procès d’une civilisation à laquelle ils participent activement. Il est trop facile, et totalement inutile, de noircir l’avenir de l’humanité en refusant de reconnaître les bienfaits du progrès technique et d’admettre les améliorations qu’il ne cesse d’apporter à nos conditions de vie.

Notre société est ce que nous en avons fait, ce que nous en faisons chaque jour en dépit de la critique. La société est un ensemble d’individus et il est naturel que chacun s’interroge sur ses propres capacités. C’est dans notre société que nous perdons notre personnalité, ce n’est que dans cette société, en tant qu’élément actif et responsable, que nous allons la retrouver. C’est à partir de cette réalité qu’il faut se pencher sur notre façon d’appréhender le jiu-jitsu.

Plutôt que de subir ou d’engager le combat contre les dragons, de fuir ou de rompre, l’engagement dans la pratique de l’art martial est une réponse intelligente et active vers un autre mode de vie, vers un autre mode de penser, vers une nouvelle manière d’être et cela sans renoncer brutalement à tout ce qui existe. Au-delà des motivations externes et sentimentales propre à chaque individu, la raison d'étudier un art martial est d'entraîner le corps et l'esprit à survivre dans ce monde social donné, de se pencher avec lucidité et honnêteté sur une façon d’envisager la vie et d’y chercher le palliatif aux troubles de quelque nature qu’ils soient, que la vie actuelle ne manque pas de créer. La question de savoir si l’effort individuel dans la recherche d’un mieux-être social est suffisant n’a de réponse ferme et définitive que le jour inéluctable de notre mort.

Le « jiu-jitsu » a développé une philosophie indispensable à sa pratique et qui s'avère incontestablement utile dans la vie quotidienne.

L’art martial originel allie techniques et philosophies pour conférer l'assurance indispensable pour défaire l’adversaire, d’abord physique et individuel, au-delà, social. Il est assurément martial donc dirigé vers l’idée de briser l'esprit de l'adversaire, de détourner son pouvoir, et de le faire changer de voie pour qu'il puisse suivre la vôtre. La notion subjective du bien et du mal y est donc infiniment présente et conditionnera votre courant de pensées.

Le jiu-jitsu, ouvert sur le monde qui nous entoure depuis sa diffusion mondiale sous la dynamique de Jigoro Kano, peut donner espoir et force à ceux qui les ont perdu. Chaque technique a été conçue originellement et modifiée, peaufinée, travaillée, adaptée pour vous apprendre à façonner votre corps et vous expliquer comment fonctionnent vos muscles et vos nerfs. Le jiu-jitsu, c’est d’abord prendre conscience de son corps et ensuite d’en prendre et d’en garder le contrôle et l’intégrité.

Le mérite du jiu-jitsu est de ne pas privilégier une séquence par rapport à une autre, d’avantager tel ou tel mouvement et ainsi d’apprendre à affronter un adversaire et, avec une seule révolution, de le contrôler et le vaincre. Le mouvement physique devient petit à petit idée directrice et s’applique aux principes de la vie sociale.

C’est d’abord l’apprentissage d’une stratégie de base avec tout ce qu’elle comporte d’attitudes, de déplacements, de mouvements, de techniques proprement dites avec tous leurs enchaînements. C’est l’éducation commune du corps et de l’esprit, dans la perspective d’une fusion, d’une union permanente génératrice de puissance enrichissante. Les imperfections nées de l’apprentissage des techniques ne sont dues qu’au regard que chacun porte sur lui-même et sur le monde qui l’entoure.

Bien comprendre le principe dont relève une technique permet d'appréhender aisément sa finalité, ainsi son acquisition s'en trouve facilitée.

Sans doute le plus difficile est-il d’acquérir l’idée chère aux Orientaux, de non résistance. Cette idée de non-résistance évoque souvent, pour nous Occidentaux, la non-combativité et peut-être aussi une attitude qui consiste à ne pas lutter, «le non-lutter» pour employer la terminologie des taoïstes ou des bouddhistes zen.

Ne pas réagir « contre » ne signifie nullement subir passivement, avec résignation.

Jiu Jitsu ne s’abandonne pas aux événements. Il est au centre de l’action, le centre de la roue est immobile, l’avez-vous remarqué ?

" C’est parce que le centre est immobile que la roue tourne."

Ainsi, le jiu-jitsu a intégré le « céder pour vaincre » puis s’est posé la question de l’utilité de la victoire. La société bouge, se transforme, l’art martial aussi. Le désir de vaincre, de réussir est le premier maillon de la chaîne qui nous rend prisonniers de forces contre lesquelles nous luttons et qui un jour nous abattront. La recherche de la victoire conduit le combattant à perdre son indépendance vis-à-vis du combat qu’il ne domine plus. Ainsi, le jiu-jitsu ne s’est-il pas joint à la course sportive, refusant une inutile compétition dans un monde où l’homme ne se trouve plus placé dans l’alternative de vaincre ou de mourir, jiu-jitsu donne le choix de décider.

Aussi, lorsqu'on pratique cet art martial, est-on capable de reconnaître une situation et, fort et confiant, de refuser d'y prendre part. Lutter, vivre c’est aller volontairement avec les événements, avec les choses de la vie et non pas contre elles, ou encore se laisser emporter, manipuler.

Xian.