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Chronique de Xian n°8 : Retour au dojo PDF Imprimer Envoyer
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16 janvier 2004 : CHRONIQUE n°8 : Retour au dojo

C’était l’été dernier, déjà je vous avais invité chez moi, au dojo, chez vous.
Il est bien de relire ce qui alors avait été dit et de constater aussi que les moyens modernes de communication ont apporté beaucoup à l’idée que l’on doit se faire du dojo.
Pourquoi un nouvel article à ce sujet ?

Parce que le dojo est notre maison et qu’au seuil d’une année nouvelle nous allons y prendre nombre de bonnes résolutions, nous allons balayer devant chez nous et chasser les mauvais esprits qui s’y seraient introduit tout au long de l’année dernière. Nous avons tant à faire que nous ne pouvons quotidiennement tout voir.
Même le Maître, surtout le Maître.

Des nouveaux sont venus qui regardent avec curiosité l’ancien, seul dans son coin, là un couple mixte dont les partenaires se jettent, brutalement dirait-on, au sol, plus près : deux autres en silence, ceint de couleur marron engagent une sorte de ballet, c’est nage no kata dira un observateur.
Comme pour se rassurer, les nouveaux cherchent ainsi à s’intéresser à ce qui se passe autour d’eux, à se raccrocher à une agitation sécurisante dont ils comprendraient le sens.

Déjà je vous ai entretenu de la conception de ce lieu de notre pratique trop souvent hélas centre sportif, salle de gymnastique d’école, arrière salle de fête où nous transportons tant bien que mal quelques posters, des images presque pieuses, l’un ou l’autre objet, un katana peut-être. On installe les tatamis, on s’échauffe, on débute, tout s’efface, ne restent que les pailles de riz compressées, aujourd’hui mousses confortables, et les ombres blanches qui se déplacent.
A chaque cours, le responsable tentera et réussira le prodige d’effacer les vasistas à vis, de bousculer les chevaux d’arçon encombrants, de pousser la table contre un mur, d’empiler les ballons de basket, gage de maîtrise, dans le débarras.

Le moniteur, le professeur, parfois le maître qui n’est, on s’en souvient, que celui qui marche plus en avant sur le chemin, auront créé le dojo et les élèves vont y vivre pleinement une heure ou deux, parfois plus.

Les nombreux sites de multiples clubs et fédérations tentent donc de recréer l’image du dojo, lieu simple de la pratique de l’art martial, et c’est bien, parlons ici du nôtre, le jiu-jitsu.

Le sportif, le curieux ne sait rien du dojo qui se situe dans la rupture soudaine d’avec la banalité d’une journée quotidienne, maintenant si simple, douillette, confortable pour entrer non dans un local mais dans l’esprit, le désert de la méconnaissance perpétuelle, le chemin enthousiasmant de notre propre découverte, d’une auto - progression interne et externe et de notre accomplissement.
Le chemin s’ouvre devant nous. Il nous appartient de faire le premier pas du jour, un nouveau pas pour certain, la suite en marche pour d’autres ou de s’en retourner, certains n’y verront jamais qu’une gestuelle mécanique. L’essentiel, c’est de commencer.

Un temps viendra où l’on fera la découverte de l’inutilité de la parole, de la nécessité du silence, ce moment sera pénible, de plus en plus en désaccord avec la civilisation occidentale en vogue, en mode, à la recherche de ses propres bases. Nous ne sommes ni Orientaux, ni Japonais, nous ne pensons pas que la lumière vient du soleil levant mais nous avons la sagesse de croire que des gestes répétés de centaines de millions de fois quasi quotidiennement depuis près de mille ans ont créé un bout de chemin qui peut nous être utile. Leurs gestes nous épargnent des craintes, leurs mouvements nous isolent d’un abêtissement collectif. Un jour, quand nous serons forts, nous aussi, nous créerons des gestes et leur utilité n’aura plus de raison d’être, les élèves que nous sommes à défaut, d’être, qui sait, devenus des Maîtres, des Sages auront découverts une autre manière de vivre, une harmonie vitale, un bien-être complet auquel participent les siens et la nature qui les entoure.

Croyez-moi, croyez en vous, déjà vous avez franchi une porte, déjà vous avez accepté de marcher pieds nus, déjà vous avez revêtu un habit anormal, déjà vous avez dit bonjour et même vous avez salués des inconnus...

Ici, l’attention détournée du moment présent et des choses extérieures vont transformer « celui qui est venu » en « pratiquant », parfois l’un de ceux-ci en disciple.
Le jiu-jitsu va commencer son œuvre, pensée et physique vont concourir vers cette fusion de l’esprit qui nous détache un moment des choses de la vie.
Alors, nous sommes bien au dojo....
Il faut le fréquenter souvent pour savoir qu il existera après...
Toujours.

Xian.