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21 mars 2004 : CHRONIQUE n°10 : Technique et violence (ou non-violence)

Gandhi disait : « La non-violence a pour condition préalable le pouvoir de frapper... »

La réponse de l’art martial est d’aller du doute de soi à la domination de soi. Il y a là peu de place pour l’expression de la violence pour autant que l’on ait pris soin de dissiper les fantômes de l’âme, ceux qui créent par ignorance le sentiment de peur.

La violence n’existe qu’en contre-pied de l’angoisse.

Banalement supprimons la terreur, disparaissent alors toutes ces manifestations infantiles et brutales.

On relira avec soin la chronique d’octobre 2003 qui abordait très martialement ce sujet. Les événements récents les plus divers nous démontrent que la violence n’est produite par aucun art, seul le cœur de l’homme recèle cette étonnante contrepartie de la peur qui le fait devenir monstrueux au-delà de toute expression humaine.

Ju-Jitsu moderne, essentiellement défensif et sans intention de combat, laisse perplexe les non-pratiquants, en ce qu’il n’enseigne pas de stratégie offensive, sa virilité inquiète cependant les non-violents passifs et ne représente qu'un objet de mépris aux yeux des parloteurs de salon qui résolvent les problèmes du monde face à leur écran de télévision.

Une technique de jiu-jisu, c’est un point de départ, une trajectoire et un point d’impact. Cela peut être agrémenté, amplifié, amené à contraindre l’autre, lui démontrer que nous n’avons ni haine ni passion à son égard. C’est la mise en place d’un système mental et physique très différent de celui qui consisterait à opposer à l’adversaire une force beaucoup plus grande que celle qu’il peut déployer et capable de l’anéantir, pour un temps du moins, en ne faisant croître en lui que le désir de vengeance ou l’attente d’une revanche. Une technique de jiu-jitsu est la démonstration de la victoire de l’humain sur l’instinct animal.

La connaissance de l’art martial permet d’entrer dans le monde, sans y être poussé par la folie et par la peur qui est le chemin sûr d’aller vers le néant. Je persiste à enseigner que l’apprentissage d’une gestuelle technique basée sur des études anatomiques poussées nous apprenant à nous servir de notre corps et à en développer toutes les possibilités fonctionnelles nous permettant de vaincre un adversaire quelconque nous amène à la maîtrise de cet adversaire, sans combat et donc sans violence. Le « vis pacem para bellum » latinisant me semble être – en ce qui concerne l’individu une maxime convaincante. La connaissance du combat, l'intelligence de l'adversaire, l'affranchissement de la peur sont résultats et bénéfices de la non-violence.

La non-violence, c’est la connaissance profonde de la technique qui permet d’être paisible, serein. A l’agression improbable qui guette l’homme sûr de lui, la réponse se doit d’être froide et juste, sans violence du cœur malgré les gestes qui peuvent paraître à un témoin extérieur comme la violence la plus extrême. Cette démonstration est apaisante pour l’un comme pour l’autre.

Pour s’en convaincre, il suffit de s’analyser un peu, l’autocritique face au miroir de la réalité du tatami. Sans nous éloigner de ceux-ci observons notre comportement, avons-nous tendance à devenir violent, oui et quand ? Quand nous pensons que nous agissons « de travers » et que le maître nous observe, quand nous pensons que le partenaire « résiste » pour nous chagriner, quand nous donnons des opinions aux actions des autres élèves, quand notre ego devient irrationnel, en un mot, quand apparaît l’appréhension d’un événement contrariant... Revenons deux pieds fermement ancrés sur le tatami, redessinons notre mouvement n’imaginant rien d’autre que le cercle décrit par notre stabilité mobile, notre cœur s’apaise, la violence s’éloigne et nous réagissons correctement, le geste devient précis, efficace.

A l’étude initiale de la technique destructrice incluse dans le bu-jutsu, s’est substituée une pratique d’intégration dans la société, dans l’univers humain.

Xian.