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Chronique de Xian n°12 : Le Japon PDF Imprimer Envoyer
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24 mai 2004 : CHRONIQUE N° 12 : Le Japon

Il ne s’agit bien entendu pas de revenir ici sur les propos d’une chronique précédente ou encore de raconter pour la millième fois le voyage de l’un ou l’autre européen un peu fou qui s’embarque pour rencontrer un Maître lointain.

Pour nous, pratiquants l’art martial originel, le Japon est une sorte de rêve que l’on souhaite ne jamais atteindre et toujours y arriver.

La déception est immense quand on s’aperçoit que « ces gens-là » ne sont pas comme nous, elle l’est encore plus lorsque l’on s’avise que très exactement, « ces gens-là » sont vraiment comme nous.

Mon premier Japon est celui de l’école élémentaire, une toute petite série de sortes d’îles dessinées à l’est de l’Asie, un tout petit pays de rien du tout alors qu’à la page précédente de mon atlas s’étale la France, sur une double page.

Mon second Japon est celui dont ne parle jamais Monsieur Suzuki San, qui salue tout le temps et essuie ses lunettes, il m’impressionne et me chagrine, tant de gentillesse apparente aurait-elle pu amener ses concitoyens à venir détruire Pearl Harbor et à mitrailler Buck Dany et madame Holmès dans une île pacifique, sans compter qu’en l’observant bien, il ressemble un peu à Monsieur Mitsuhirato qui vous infectait d’un coup de radjaïdjah...La curiosité est un défaut qui se transforme en qualité majeure lorsque je veux savoir tout de ce troisième Japon dont me parlent les uns et les autres, des gens en pyjama qui se jettent par terre !

On peut donc aiguiller ses tensions intérieures, on peut trouver des plaisirs enfantins à se saisir virilement et des satisfactions intellectuelles à tenter de comprendre l’inimaginable : apprendre une sorte de guerre et être en paix.

Japon aurait-il compris avant nous que le chemin de la paix des hommes passe par le réapprentissage de tous les gestes qui sauvent, de tous les signes qui respectent, de toutes les attitudes qui socialisent.

Ainsi, Japon exercera contradictoirement sur le pratiquant honorable que nous sommes une attraction soutenue par un exotisme facile fortement contrarié désormais par le rapprochement des peuples causé par l’évolution fantastique des voyages aériens. Les manifestants de 1978 contre le nouvel aéroport de Narita ressemblent étrangement aux marcheurs opposés à Chartres ou Bierset. Le premier ministre jaune est aussi souillé par les scandales des affaires qu’un vulgaire socialiste d’Europe de l’ouest.

Le peuple le plus industrieux du monde du Xxème siècle est gagné par l’American way of life qui aujourd’hui montre ses limites... alors retour à de nouveaux Maîtres, faut-il les chercher ? le troisième millénaire sera sans doute celui de l’universalité qui, en ce qui nous concerne directement a débuté un soir à Paris lorsqu’un géant Hollandais maintint en hon gesa gatame un nounours japonais. (Deux cent cinquante kilos à eux deux mais une page tournée dans l’histoire d’un sport japonais que nous aimons.)

Et voilà que notre retour aux sources s’annonce encore plus décevant, le premier sport au Japon est donc le base ball, la première manifestation sportive populaire est sans nul doute le sumo. Le judo codifié de Kano est un sport banalisé comme d’autres activités, sportives, artistiques, musicales dont il reste cependant le rituel (immuable ?) zarei, ritsurei....Si l’on sait encore le kendo, le kyudo, il y a autant d’ignorant du ju-jutsu là-bas que chez nous.

Qu’importe, Japon restera pour nous qui y allons ou n’y allons pas, qui le rencontrons ou le côtoyons à notre manière le centre même de nous-mêmes.

De nous-mêmes , ...

Que cherchons-nous en Ju-jutsu, en Japon, sinon, nous-mêmes, et notre propre victoire : Zen, la transmission de l’idée en dehors de tout enseignement, qui ne s’appuie sur aucun mot, qui est la nature même de la pensée humaine et plus spécialement pour nous au travers d’une gestuelle imitative, jamais limitative.

Xian.