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Chronique de Xian n°16 : Doju PDF Imprimer Envoyer
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1er novembre 2004 : CHRONIQUE N°16 : Doju (Le nage-waza est l’un des trois piliers du jiu-jitsu)

Ju après do.
Parce que judo aurait trop d’évocation, de résonance, de combat compétition podium jeux awards...
Qu’a-t-on fait de la voie de la souplesse ? Chemin indispensable à la réussite de l’étude et de la compréhension du jiu-jitsu.
Ce qui se raidit contre le mouvement du temps, ce qui résiste à la progression du jour et de la nuit disparaîtra.
Il faut être souple.
Il faut être adaptable.

On est entré au dojo, roide, un matin – ou un soir, un jour on sent quelque chose, un premier degré de maturité, le maître vous a accordé un grade, il a remarqué vos progrès dans l’indissociable unité de la technique du corps et de l’esprit. Pour lui, vous comprenez Taï.
Le corps.
Taï caractérise le corps, son développement, l’épanouissement du corps et l’esprit jusqu’a une harmonisation parfaite et décisive de leurs facultés respectives.

Le maître actuel de Jiu-Jitsu n’est pas très connu, il ne passe pas à la télévision, il ne produit pas de cédé de dévédé de véhachesse, il n’a pas une aura médiatique, il se moque des modes des faux semblants des champions sans lendemain. Par la finalité qu’il donne à son jiu-jitsu, il refuse de le voir suivre les chemins qu’ont empruntés avant lui ses disciplines filles, ceux de la fausse notoriété, ceux de la compétition par exemple, au bout desquels le savoir se mesure à la seule puissance combative physique et régulée, sans considération aucune pour la maîtrise des formes directement liées à l’épanouissement et à la liberté de l’esprit.

Le surgissement de la compétition sportive (ersatz ridicule du combat ! - Il n'y a pas de combat en jiu-jitsu moderne, combattre signifiant s'entre-tuer) comme finalité dans les arts martiaux, la tendance à privilégier une pédagogie intellectualiste de leur enseignement, l’effort pour les couler dans le moule des institutions, des administrations, des magasins de diplômes officiels en leur enlevant toute leur spécificité (l’art martial n’est pas un sport ou alors la définition du mot sport est à revoir !), ont très rapidement conduit à les dessécher, à les congeler, à minimiser leur richesse en les ramenant au niveau de gestuelles vides et insensées.

Jiu-jitsu tends à vous mener à montrer, en toute occasion, la suprématie de l’esprit sur la matière, et d’affirmer sa supériorité par des actes de bienveillance ou encore de réfréner en soi le désir instinctif et viscéral d’imposer sa loi par la force. C’est parce qu’il sait que la violence est potentielle en chacun de nous qu’il se refuse à nier son existence, tout comme il entend ne pas baisser l’échine devant elle en faisant de sa pratique une simple activité d’expression corporelle.

La réalisation en souplesse d'un ensemble de techniques, toujours en accord avec la forme d'attaque, en une série fluide de mouvements, révélait déjà dans l'art du combat des élèves de l’école Kito, la présence d'une autre dimension que celui de l’affrontement bestial, c’était celui de l'accord, de l'harmonie.

Certains, dont Jigoro Kano, comprirent, au travers des techniques sophistiquées et souvent difficiles à apprendre du jiu-jitsu de l'école Kito qu'ils fréquentèrent, la possibilité d'appliquer ce principe d'harmonie, non seulement dans le cadre étroit du combat réel, mais à l'ensemble des relations de l'individu avec l'univers. Ainsi, ils découvrirent et perfectionnèrent le principe de non-résistance.

Ce principe est le plus souvent mal compris par les Occidentaux, fonceurs bouillants et brouillons souhaitant s’affirmer par la force de leurs muscles plus que par la puissance de leur intelligence. La non-résistance est parfois dénigrée et confondue avec une certaine forme de passivité, de résignation face aux événements. Cela provient en général de ce que nous jugeons d’une technique en constatant son efficacité sinon à détruire l’adversaire, au moins à le soumettre et que nous appliquons des principes contraire à l’exercice des sports.

Cette manière de penser conduit inévitablement à trier arbitrairement et les candidats et les méthodes de préparation en fonction de la performance sportive elle-même et des qualités exigées pour sa réalisation et son amélioration. La dimension humaine disparaît.

La compétition en techniques d’apprentissage du jiu-jitsu est utile et nécessaire, c’est l'occasion pour l'individu de développer qualités physiques et morales et d'améliorer la technique; sur un plan beaucoup plus général, la compétition est synonyme de meilleure compétence, elle ne sert en rien pour en tirer quelque gloriole individuelle. La compétition que nous pratiquons n’a pour but que de nous démontrer la réalité de nos propres principes de non résistance, si difficiles à maîtriser. Si les qualités de souplesse, élasticité, flexibilité et la faculté d'adaptation sont primordiales en jiu-jitsu, leur exercice exige une attitude fondamentale cohérente devant les événements quels qu'ils soient.

La pratique du judo et donc de la compétition de judo est une démarche des plus intéressantes sinon primordiale pour l’apprentissage du jiu-jitsu, il ne me semble donc pas possible de qualifier de jiu-jitsu ces disciplines actuelles qui font l’impasse sur quelques mouvements de projection (ou inversement qui imaginent pratiquer cette science parce qu’elles enseignent de bâtards mouvements d’immobilisations sportives soumis à des règles de conduite). Ne confondons pas le nage waza de notre étude avec du judo dont l'unique recherche des performances a terni l'idéal, comme elle a terni l'idéal du sport.

Et rappelons-nous que jiu-jitsu n’est pas un sport, c’est une voie, un chemin, un mode de vie.
Xian.