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2 janvier 2005 : CHRONIQUE N°17 : À quoi bon l'art martial ?

C’est pour affronter des dangers personnels pouvant nuire à leur intégrité physique que les Japonais ont perfectionné des techniques locales ou importées et les ont nommées : arts martiaux.
Les dangers ne sont plus au détour du chemin, un homme masqué qui vous attaque d’un sabre étincelant brandi au-dessus de sa tête est assez rare, le monde occidental convergeait au XXème siècle vers un environnement humain de droits, protégé par une police éduquée à cet effet.

Alors ?
À quoi bon l’art martial ?

Ces dangers sont remplacés par d’autres, sournois, insaisissables. Nous en avons pris une telle habitude que nous ne réalisons pas à quel point l’agressivité est présente dans notre quotidien, de plus en plus. Pourquoi renoncer à nos plaisirs factices, pourquoi nous aliéner un voisin qui n’est que peu troublant, pourquoi se fâcher alors que l’on peut parler, admettre, discuter.

Ah ! Discuter !

L’agressivité d’aujourd’hui c’est l’image télévisée porteuse d’un message truqué, tronqué, le dragon qui empêche la conquête du graal est la société qui me demande de croire en elle et non en moi.
Dans cette société faussement bonhomme, à deux pas de monstruosités irakienne, ivoirienne, où Alcazar reprend chaque jour le pouvoir à Tapioca, l’homme de la rue de ma grand’ville feint de croire aux règles qu’il a inventées.

L’homme qui veut régenter toutes les lois naturelles a donc prescrit, par exemple ...

« Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de se famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux nécessaires».

(Déclaration Universelle des droits de l’Homme, art 25)

L’homme, mon ami, parcourt donc les rues et les routes, automatiquement, sans but réel issu de sa propre volonté, pas même la répartition de son temps ou de ses actes.

Mon ami est tellement conditionné à cette vie qu’il ne voit plus qu’au travers de lucarnes scintillantes, ne trouvant en lui rien qui lui permette de croire à la vie.

La vie est alors remplacée par la mort.

Certains ne veulent pas mourir. La pratique des arts martiaux est un chemin adéquat pour tenter de répondre aux questions, aux folies sociales, aux excès. Oser compromettre l’échelle des valeurs ! Oser remettre le corps et l’âme en avant !

La société actuelle, de plus en plus dangereusement religieuse, n’offre aucune chance de survie à l’individu, c’est contre ses pratiques que se dresse notre art martial, le jiu-jitsu. C’est en lui que nous puisons la puissance d’être nous-mêmes.

Les arts martiaux ne sont pas que de guerre, martial signifiant ici, en l’art, une docte philosophie de vie où existent aussi des refuges de douceur : chanoyu, ikebana, calligraphie ...des philosophies où toute la maîtrise est en soi, où l’on est soi sous et en dehors du regard des autres.

Acquérir la maîtrise, être bien. Être bien dans sa peau est une définition que l’on croit personnelle et qui nous est pourtant dictée par l’éducation, l’ambiance sociale qui nous entoure et l’hérédité génétique.

Le jiu-jitsu est japonais à l’origine, le nôtre est devenu occidental, il a gardé l’aspect self-défense mais il se veut d’arriver à la perfection de la maîtrise du comportement humain, c’est notre but ultime. L’affirmation de l’esprit sur le corps et non au détriment de celui-ci ou de celui-là.

L’art martial a plus que jamais sa place dans notre société évolutive et doit puiser sa vigueur dans une adaptation permanente aux changements inévitables, la tradition n’est là que pour cerner les déviances, elle n’est pas là pour brimer les lendemains. L’homme est en perpétuel déséquilibre, qui donc mieux que nous pratiquants pouvons comprendre tout le profit à en tirer.

Les moments de vie sont transitoires, comme les techniques que nous apprenons, rien n’est répétitif, pas même le six centième hane goshi de la semaine, tout est évanescent, la tentation moderne de vouloir se rapprocher de la nature ou de conserver d’antiques traditions prive l’homme actuel de son aptitude à vivre ici et maintenant.

À quoi bon l’art martial ?

À vivre bien ici et maintenant.

Xian.