Accueil Les chroniques de Xian Chronique de Xian n°18 : Gestuelle contre assujettissement social
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14 février 2005 : CHRONIQUE N°18 : Gestuelle contre assujettissement social

A ceux qui viennent...

Ayez des cœurs plus hauts, des gestes plus parfaits et faites mieux que nous, ce que nous avons fait.
(Ex citatio Émile Verhaeren)

La technique du jiu-jitsu n’est pas importante, ce qui est important, c’est de ressentir jiu-jitsu dans le cœur de son esprit. (Ex citatio Ryuko Okuyama).

Xian, la passion de la recherche de la gestuelle idéale ...

A la base, lecture et pratique d’un ancien : Georges Hébert, ensuite les redécouvertes de Minoru Mochizuki, par le détour de l’enseignement de Georges Leroy et de Moshe Feldenkrais....
Les lecteurs de la chronique du site savent comment tout a commencé....
Quel courage ils ont eu, lire 17 chroniques successives, et y ajouter l’immense plaisir (pour moi) d’en faire un petit florilège... je vais donc tenter d’apporter aux chroniques suivantes un autre ton, une autre perception ...
Une chronique sur deux sera « philo », la suivante sera «gestuelle appliquée »
Celle-ci donc sera « philo »...

L’homme est formé par l’hérédité, l’éducation, l’auto-éducation. Seule cette dernière composante est volontaire et personnelle. Il n’y a donc que sur elle et par elle que l’on peut modifier le cours des événements qui nous touchent, qui nous modèlent.
Au cœur de mon Europe culturelle qui n’est en rien celle des politiques, après avoir lutté des années contre des régimes consternants de bêtise et d’hypocrisie, beaucoup semblent se contenter d’un ersatz de « social » paternaliste et bien timide quant à l’octroi de libertés. Ainsi, tout un chacun peut travailler, s’exprimer, « faire du sport ».

Tout se passe comme si l’individu, conscient de son impuissance devant les inquiétudes, les angoisses légitimes de l’homme actuel, parfois incapable à freiner ses pulsions, à contenir sa violence au milieu de circonstances de plus en plus traumatisantes, se désintéressait d’un avenir collectif qu’il presse de plus en plus étouffant.

Sans cesse, la tête lourde, courbé vers l'avant, le regard éteint, mon frère l'homme des villes du monde avance vers la fin d'une vie qui ne semble jamais avoir commencé.

Quelques fois, l'un d'entre eux entre au dojo.

Bienheureux, il entre dans un monde où l’avenir existe parce quil est construit par l’homme pour l’homme, en connaissance de cause, l’homme réel, bon et méchant, avare et prodigue.

Si le dojo est des « nôtres », là plus qu’ailleurs encore, il lui sera proposé jiu-jitsu, un art gestuel, une vie du corps, la découverte de soi-même et des autres. L’homme n’est pas destiné à vivre uniquement replié sur lui-même ou enfoui dans la masse. Ce n’est qu’en donnant qu’il trouve son équilibre et le sens de son existence. Le refus de donner est déjà une sorte de maladie.

L’homme à qui la société enlève la réelle dignité d’homme n’est le centre de rien, et surtout pas de lui-même. Il est éparpillé, le matin n’annonce aucun renouveau, rien dans la journée n’a d’intérêt pour lui. Il a toujours le sentiment que, quoi qu’il entreprenne, il ne fait que répondre à la demande de plus en plus oppressante des autres. Dans la rue, il n’ose flâner, car pour le faire il faut être convaincu de soi-même. S’il s’arrête, il se croit obligé de prendre l’aspect d’un homme saisi par une curiosité soudaine. Il ne réagit qu’à des sollicitations officielles et passe son temps à cacher ses rêves et ses désirs secrets, tout ce qui pourrait l’apparenter à un homme fort.

Jiu-jitsu calme les tensions du corps, apaise celles de l’esprit.

Jiu-jitsu bien enseigné apporte la maîtrise du savoir faire gestuel, vitale au combattant féodal d’autrefois, transformée en maîtrise de soi authentique du pratiquant sincère d’aujourd’hui.

Apprendre à réussir... sans intention de réaliser des performances, apprendre beauté et nécessité du calme et de la détente, donner la précision du katana au geste simple puis à la pensée qui le sous-tend...

Jiu-jitsu – arts martiaux- n’est pas la panacée universelle du bonheur et de la grandeur d’âme... mais c’en est un beau et agréable chemin...

Xian.