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Chronique de Xian n°21 : Progresser en jiu-jitsu ? PDF Imprimer Envoyer
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21 mai 2005 : CHRONIQUE N°21 : Progresser en jiu-jitsu ?

Progresser en jiu-jitsu ? (Avons-nous une auto-perception de notre position au sein de cette philosophie ?)
Heureux ou malheureux de pratiquer ?

Allons-nous retomber dans la querelle des anciens et des modernes, des pour ou contre les ligues et fédérations, des pro-compétitions ou des anti-spectacles, le jiu-jitsu est-il un sport, pratiquons-nous une philosophie gestuelle ?

Le discours est universel et les réponses aussi multiples que nous sommes êtres vivants et même décédés, — on fait parler les morts, on leur fait dire n’importe quoi, ils ne peuvent pas répondre – nous serions d’ailleurs extrêmement surpris si tout à coup ...

Pour agir ou nous développer de façon créatrice, il nous faut commencer là où nous sommes, tout entier avec notre bagage actuel et nos défauts présents : Ici et maintenant sans réserve et sans regret. Faute d'acceptation de soi, nous sommes en divorce perpétuel avec notre point de départ, toujours en train de nous méfier de tout et de rien.

Progresser en jiu-jitsu est progresser en soi, en vie.

En dehors de soi-même très égoïstement et en vertu d’un tel principe conçu comme fondement de la pensée et de l'action, toute tentative de discipline morale ou spirituelle demeure le combat stérile d'un esprit scindé et de mauvaise foi, c’est la difficulté première que rencontre l’adepte de jiu-jitsu.

Notre discipline charrie moult ambiguïtés pas toujours simples à appréhender et dont profitent ceux que j’ai nommés dans une série de chroniques parues au début des années soixante-dix : les marchands de saucisses, gourous et faux maîtres.

La réalité est d’accepter d’être le très imparfait que nous sommes et d’oser nous situer très exactement ici et maintenant sans fausse vanité. Nous sommes un faisceau de différentes perceptions qui se succèdent avec une inconcevable rapidité qui sont dans un flux et un mouvement perpétuel, nous camper sur des jambes solides et avancer sereinement en notre discipline est un premier pas encourageant. Il est plus malaisé à réaliser qu’à décrire. Il faudrait pouvoir définir, définir c’est fixer, la vie est mobile, le jiu-jitsu est donc complètement fluide.
Il faut savoir y rester SOI-MÊME !

Autrement, que de désillusions !

Des désillusions, dans tous les domaines, on ne se remet pas toujours. La faute vient de ce que l'illusion était fausse.
Il faut découvrir le vrai but de l’art martial, et ne pas en changer.

Avoir un but c'est avoir une motivation, permanente, un «centre magnétique» (tout ce qui correspond au but est capté), une joie réelle et solide. Comment savoir où l'on va sans but ? Le «qui suis-je, où vais-je, où cours-je ? », fait rire mais c'est aussi sérieux que la vie elle-même. Et si dans la vie on peut jouer, la vie n'est pas un jeu.

Alors, en définitive, faut-il passer chez des maîtres «prestigieux », faut-il accéder à la championnite ? faut-il vouloir progresser ?

La réponse à la troisième question est affaire de personne, de personnalité, d’envie d’une telle vie ou d’une telle autre, d’accrocher jiu-jitsu à son quotidien propre.
La réponse à la première question se trouve là-aussi, en soi, jusqu’où veut-on apprendre, que veut-on apprendre ?
Les maîtres fondateurs basiques ont aujourd’hui disparu, leurs élèves ont pris la relève, sont-ils à la hauteur des exigences de leurs élèves, eux ?
Oui, donc, à partir d’un certain niveau de connaissances, le Maître a réellement de l’importance et lui-même doit être un Maître initié.

Lorsqu'un Disciple est capable d'enseigner, le Maître se doit de le lui dire, le patronner, le protéger, l'adresser vers d'autres Maîtres plus spécialisés.

Si le Disciple décide de lui-même d'enseigner, il se coupe de toute possibilité de gravir les étapes supérieures dans le giron d’un Maître mais peut découvrir d’autres facettes de son art. Bien sûr, ce ne sera pas avec des grades délivrés par des amis complaisants que les portes des étapes supérieures s'ouvriront. Ainsi peut-on compter le petit nombre de ceux qui sont de vrais Maîtres et font du véritable « Art Martial » actuellement dans le monde.

Heureusement il y a l’ensemble des élèves qui souhaite simplement vivre auprès d’un enseignant compétent et y trouve sa satisfaction. Ceux qui progressent se repèrent facilement : il y a les ambitieux qui ne sont pas intéressés et des intéressés qui ne sont pas ambitieux et puis quelques uns qui aimeraient « réussir en compétition ».
Les choses ne sont pas faciles : que vous ne fassiez rien, que vous fassiez du sport pour avoir« un esprit sain dans un corps sain », que vous cherchiez à être «plus» en développant votre potentiel... vous vous détraquez si vous choisissez la mauvaise façon de faire.

Je ne vais pas expliquer ici pourquoi il n’y a pas de compétition possible en jiu-jitsu mais il faut admettre qu’il y a des techniques sportives dérivées et agréables à pratiquer, intéressantes même, on peut y devenir un vrai champion (ce qui à mon sens ne correspond pas nécessairement à devenir un escaladeur de podium) Je reviendrai sur ce sujet dans la prochaine chronique qui sera : Le mental du gagnant.
Xian.