Accueil Les chroniques de Xian Chronique de Xian n°22 : Le mental du gagnant
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15 juin 2005 : CHRONIQUE N°22 : Le mental du gagnant.

La première raison d’être d’une pratique martiale (et avant toute considération d’ordre philosophique) est tout simplement de proposer un moyen de survivre à une situation conflictuelle d’une violence extrême, cette assertion est la raison principale de mon opposition à l’usage de termes tels : sports de combat et compétition. De longues séries de chroniques peuvent argumenter positivement ou non à ce propos.

Ce n’est pas pour autant qu’il faut dénigrer voire supprimer les shiaïs et autres kumites, assauts dirigés ou libres et de leur donner un certain piment, d’offrir quelques récompenses à celui qui est choisi comme « vainqueur » de joutes amicales.

Ces joutes se doivent d’être comprises comme il se doit : des exercices de vivacité physique et intellectuelle et ne peuvent s’inscrire dans aucune sorte de concours à la championnite selon les théories actuellement en vigueur dans le monde financierolympique.

De toute évidence, si l’on ne peut dans le cadre du jiu-jitsu, insérer la notion de compétition sportive, il n’en ressort pas moins que les joutes que l’on peut tenir se doivent d’être dans le cadre et l’objectif de la discipline elle-même, il va donc sans dire que si l’on participe, il faut participer « réellement », aller au simulacre de combat comme au combat, porteur d’un mental de gagnant.

Ce mental n’a rien à voir avec le gain d’un titre, d’une reconnaissance de supériorité par un public, de flatterie du "moi". Le piège en jiu-jitsu est plus subtil qu’en bien d’autres disciplines, il est le concentré de tous les paradoxes, maintes fois évoqués, rarement compris et acceptés, des arts réellement martiaux, évoquant par définition la violence pure, brutale, totale.

L’ambiguïté est plus grande encore ici qu’ailleurs puisque on ne peut avoir envie de "jouer" au combat qu’à condition de ne pas se prendre au sérieux. Jouer à échanger des techniques en gardant l’esprit du jeu est possible, intellectuellement et physiquement mais est-ce souhaitable, au sens où chaque mouvement, chaque gestuelle est apprise pour être appliquée sans commune mesure avec le « jeu ».

Il existe une version jiu-jitsu qui accepte volontiers les aspects « sportifs », c’est pour nous pratiquants, quasi un débouché normal à une violence contenue : le judo. Le pratiquant de jiu-jitsu est obligatoirement pratiquant de judo et le judo est bien un jiu-jitsu adapté à la modernité de la pratique gymnique d’un sport. La volonté de Jigoro Kano et de ses successeurs affirme clairement cet état d’esprit. Le mot jitsu accolé à karaté ou à d’autres vocables n’est qu’une idée moderne commerciale, elle n’a pas de sens actuel ailleurs que précédé du mot jiu.

Il me faut donc en arriver à avouer que le titre de la chronique est aussi ambigu que notre discipline, « Le mental du gagnant » n’est pas réservé au compétiteur, au sportif, au spécialiste : le mental du gagnant se gagne par une pratique sinon quotidienne du moins régulière et ininterrompue, par des heures passées à peaufiner un détail, un soupçon de respiration, un geste d’aspect anodin. Le jiu-jitsu bien compris, bien pratiqué doit amener à ce mental de gagnant, de gagneur, de « je vais vaincre l’obstacle », il ne s’agit pas d’affronter n’importe quoi n’importe comment mais de découvrir dans la pratique au dojo les chemins de la vie de chaque jour, savoir où quand et comment agir en roulant en voiture, en parlant à son patron, à son épouse, à ses enfants.
Xian.