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Chronique de Xian n°27 : Ici et maintenant PDF Imprimer Envoyer
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8 mai 2006 : CHRONIQUE N°27 : Ici et maintenant

Quelqu’un de plus « fort » physiquement, visiblement, vous pousse avec toute sa puissance... Vous cédez sous cette poussée par un retrait ou une esquive si rapide qu’on ne la visualise pas, l’agresseur perd l’équilibre ... vous venez de découvrir le principe de base du jiu-jitsu.

A l’instant où il a conçu l’agression en lui, vous l’avez su, vous l’avez compris, ce n’est pas un pressentiment, vous êtes entré en harmonie avec lui, alors, vous avez découvert le principe de l’aïki-jitsu.

Vous n’avez pas l’esprit rousseauiste, vous ne souhaitez pas que l’adversaire reproduise son geste, vous maîtrisez le malandrin d’une désarticulation ou d’une pression nerveuse. Vous découvrez la possibilité de ne pas détruire et de diriger, vous entrez dans le monde humaniste de l’auto-défense.

Ces découvertes par d’éminents personnages n’éliminent pas les égos respectifs et leur enseignement n’a pas empêché les rivalités au sein des écoles, encore moins lorsqu’en Europe vinrent le propager Jigoro Kano du Kodokan et Minosuke Kawaishi du Budokukaï. Ceci s’ajoutant à cela, avec une confusion regrettable en lisant les idéogrammes japonais judo et jiu-jitsu et leur traduction en français (ou anglais, allemand, italien)

De cette formation bicéphale naquirent les Collèges des Ceintures Noires d’une part et les Fédérations « officielles », pro olympiques d’autre part.

Nous n’avons pas encore laissé assez de temps au temps pour appréhender correctement le pourquoi et la conclusion actuelle à en tirer. Cela pourra être l’objet d’une prochaine chronique ou d’un ouvrage plus complexe, bien que de nombreux auteurs et historiens se soient déjà penchés sur le sujet. On parlera une fois de plus de la tradition et plus spécifiquement, je pourrais développer le thème : le temps ne passe pas, c’est nous qui passons, dès l’instant que nous appliquons le principe maître de l’art martial : ici et maintenant. Pour être tradition, il faut qu’un usage ou une coutume existe depuis un moment assez long dans cet espace temps. La chasse à la palombe en Médoc, qui a débuté dans les années trente, est qualifiée de traditionnelle, l’est-elle pour autant.

Sans doute y aura-t-il là à débattre et à raccorder le sujet à l’angoissante question de nombreux enseignants de jiu-jitsu : Sans référentiel original japonais, l'art semble dénaturé, l'art s'éloigne petit à petit de ses origines.

Ce n’est pas une affirmation, ce n’est pas une constatation, c’est un questionnement.

Nombreux sont ceux qui ont tenté et tentent encore de trouver des réponses à des questions non formulées, souvent imprécises, ils tentent alors de fréquenter des « maîtres ». Ce souci, cet effort, pour connaître, s'informer, découvrir ce qui se fait ailleurs, est l’un des moteurs les plus extraordinaires de cette discipline du jiu-jitsu. On constate ainsi qu’elle n’est ni sclérosée ni ésotérique. La recherche d’autres méthodes, la pratique active de disciplines connexes permet à la connaissance de s’enrichir et de véhiculer ses propres enseignements, la transmission se fait ! Cette accumulation par brassage débouche sur des nouveautés, des créations que l’on trouve ailleurs existant depuis des lustres. Ici aussi, il y a matière à nombre de chroniques.

Avant d’aborder la saison prochaine où les chroniques deviendront plus martiales ( mais je n’ose plus employer le terme qui pourrait dans l’esprit de certains porter à confusion avec un chroniqueur bien connu d’art ...martial ) je voudrais rappeler que le jiu-jitsu (toutes écoles confondues, y compris le tenshin ou l’aïkijitsu daïto ryu) est une technique souple qui ne s’oppose pas à la force de l’adversaire et au contraire utilise celle-ci pour la retourner, trop de pratiquants actuels provoquent la confusion en utilisant des techniques de karaté dans ce qu’ils nomment jiu-jitsu et qui n’est que l’utilisation de techniques diverses en auto-défense, l’auto défense est une pratique utile, ce n’est pas un art martial et ce n’est certes pas du jiu-jitsu. Le jiu-jitsu est donc l’utilisation parfaite du principe de non-résistance et mentalement de l’application de techniques – même violentes, pour se défaire d’un agresseur éventuel.

Et si cela mène à la destruction de l'attaquant, ce n'est qu'une conséquence inévitable et non un acte prémédité. Comme le dit le Livre du Tao : «Les choses les plus fragiles au monde ont vaincu les choses les plus dures.»

C’est cela aussi qu’il faut savoir, je crois qu’il faut rappeler aux pratiquants les notions de travail du corps et de l’esprit dans l’état d’esprit actuel du jiu-jitsu sans oublier cette sacro-sainte efficacité dont on me rebat les oreilles et qui pourtant à mon sens fait fort défaut ... : exemple critiqué, je suis allé voir le mouvement Armlock with Finger Hold.
Xian.