Accueil Les chroniques de Xian Chronique de Xian n°35 : Nouvelle saison
Chronique de Xian n°35 : Nouvelle saison PDF Imprimer Envoyer
Note des utilisateurs: / 1
MauvaisTrès bien 
Partager sur FaceBook
22 septembre 2007 : Chronique n°35 :  Nouvelle saison

Je me réjouis sincèrement de l’arrivée de la saison 2007 – 2008, c’est le signe que nous sommes vivants et emplis d’enthousiasme : le futur nous appartient.
Septembre, les pieds foulent à nouveau les tatamis et les plus anciens se souviennent du temps que les moins de vingt ans ... je veux dire d’une époque où l’hiver s’annonçait rude, pas de chauffage au dojo, des tapis sur de la paille ou sur des sortes de matelas en mousse, des keikogi de coton lourd, des séances « viriles ». Des petits nouveaux frappent timidement à la porte, peut-on entrer ?
Bien entendu, au dojo, chacun est le bienvenu et pour le débutant, choisir un art martial défini n’est pas de grande importance... et pourtant ...
pratiquer jiu-jitsu n’a rien à voir avec la pratique d’un art martial selon la conception actuelle de ce qu’est l’art martial du point de vue des élites administratives et « sportives ». Jiu-jitsu est un concept vital, ces chroniques l’ont exprimé résolument et vont encore marteler cette conviction, toute la saison durant.

Si le jiu-jitsu est bel et bien issu de pratiques séminaristes chinoises et mongoles du Moyen-Âge, les techniques que nous pratiquons ( ici en Europe occidentale ) sont la compilation d’études approfondies japonaises, modifiées au cours du temps par des pratiquants chercheurs. Ainsi, en Belgique un grand costaud du régiment de cavalerie caserné à Mons au début du XXème siècle fut envoyé en mission en Chine, fit un séjour au Japon, se passionna pour des sports de lutte et s’associant en 1902 à un professeur d’escrime fonda un club de gymnastique où l’on enseigna la canne, la savate et cette nouvelle lutte japonaise qui commençait à faire parler d’elle à Londres et à Paris, un sport qui disait-on permettait aussi de savoir se défendre contre les brigands et autres malandrins. Comme la mode était au japonais, cet Alexandre Minne se fit appeler ITO, il avait un frère cadet, Maurice, qui un peu plus tard se fit surnommer Okita.
La salle d’escrime de Monsieur Mertens, rue Boduognat à Bruxelles, allait donc abriter la 1ère École de Jiu-jitsu de Belgique.
C’est là que fut formé Victor Boin, journaliste sportif, champion d’escrime, qui fut Président du Comité Olympique Belge de 1955 à 1965. Il devint en 1906 ou 1907, le 1er Champion de Belgique de Jiu-jitsu. Pour le grand public, les « choses » et les perceptions allaient donc se compliquer : Jiu-Jitsu était donc un sport ... nous en reparlerons mais on peut relire si l’on a envie de nombreux passages des chroniques précédentes où la démonstration est faite : le Jiu-jitsu est un art de vivre naturel et non un sport.

Voilà qui nous amène donc à ce que sera l’esprit des chroniques de la saison 2007 2008 :
Bob Morane (l’imaginaire)
La technique (la réalité vécue, les deux pieds (si possible) sur le tatami)
Philosophie d’un art dit martial aujourd’hui, chez nous en Europe occidentale (un art de vivre)

Bob Morane ? Sans doute avez-vous entendu parler de Bob Morane, chanté par le groupe Indochine, il a été inventé par Charles Henri Dewisme. Comment peut naître un aventurier ? Cela existe-t-il ? La limite entre l’imaginaire et le réel permet-elle de parler d’un héros de papier et d’une philosophie martiale en même temps ? Il faudra bien que j’en parle puisque des éditorialistes cinaciens l’ont mentionné, des « anciens » sont venus me relancer : « Alors raconte »
Ce ne sera pas pour cette fois, j’aurais aimé en effet être plus certain de dates et peut-être même apporter quelques images soutenant les anecdotes, je n’ai pu récolter ni les unes ni les autres, Charles Henri Dewisme a plus de quatre-vingt-dix ans, Georges Leroy plus de quatre-vingts, ils n’ont pu me recevoir cet été... le poids des ans ...

Vieillir ... une réalité qui n’a rien d’imaginaire et que nous appréhendons chacun à notre manière. Jiu-jitsu est ici un rempart certain à la dégénérescence qui nous guette, la pratique d’une gestuelle physique et d’une philosophie mentale nous permet de ne pas absorber trop souvent, trop régulièrement de ces médications qui sont comme la langue d’Ésope, tout et son contraire. Les progrès fabuleux de l’art médical permettent trop souvent la survie en faussant le jeu de la sélection naturelle des cellules de notre corps. Une vie active nous maintient en bonne santé... malheureusement, ni nos manières naturelles, ni les pharmacopées ne peuvent encore – pour le moment, lutter contre le temps, ce temps immobile que nous faisons passer trop vite.
Bien entendu, le jiu-jitsu, pas plus que tout autre technique corporelle ne vous garantira d’une maladie microbienne, d’une attaque virale mais la pratique de cet art de vivre au dojo et de plus en plus dans votre mental extérieur vous apportera cet élément insaisissable qui vous différenciera de tous ceux que vous voyez près de vous vaincus par les difficultés quotidiennes. Luttant et gémissant, ils filent leurs jours avec ce ressentiment intérieur contre ce qu'ils considèrent comme « malchance ». En un sens, la « malchance » peut exister mais précisément, la pratique du jiu-jitsu va vous permettre, le cas échéant de la contrôler et d'y mettre fin.

La pratique des techniques corporelles et mentales peut et doit être une arme efficace dans la lutte contre le déclin, dans l’amélioration des personnes tant sur le plan physique que psychique. L'exercice systématique des fonctions physiologiques mène progressivement à l'harmonie vitale de l'être humain. Lorsque cet exercice est une étude mentale et morale de surplus, tel le Jiu-jitsu, on ne peut que s’y trouver bien puisque le regard est tourné vers la conquête de soi-même et l’acquisition saine d’une grande force de caractère qui incitera à la sagesse.

En ce qui concerne la technique en soi, je redirai souvent que je n’y connais pas grand-chose, que l’apprentissage avec Minoru Mochizuki n'avait rien d'un mirage zen : haraï goshi pour vous mettre en jambe et puis le plaisir d’être projeté dans les poutres du plafond par la magie de son diabolique sacrifice en rond, je l’ai déjà dit. Bah, je vais tout de même tenter de vous parler de Kawaishi et de sa self-défense (voir en dehors du site 100% Jutsu chez : http://kyoshi.wordpress.com/) et aussi de certaines manières apprises chez cet homme qui pesait le double de mon poids et me projetait lui-aussi, quelle manie ! dans les poutres supportant les tubes au néon qui éclairaient blafardement le dojo du 409. Je dirai des mots de la méthode des 16 ou des 20 techniques dites « de programmes » (C’est dans 100% Jutsu mais pas dans cette rubrique-ci) et ... et de tout ce dont on aura encore le temps de nous entretenir.
La technique, pour quoi faire ? Début de saison, pas d’idées fausses ! Le jiu-jitsu n’est pas du « Close combat» où l'on apprend surtout à tuer en attaquant par surprise; nous, pratiquants, n'avons pas le goût de montrer à un homme comment plonger la lame d'un poignard dans le dos, dans la gorge, l'œil d'un autre homme en l'attaquant par derrière... Voilà qui serait trahir l'esprit du Budo tel que je le conçois et tel qu’il est enseigné depuis le début du siècle dernier, dans les dojos dignes de ce nom.
La technique pourra être utilisée en auto-défense, la défense de soi-même donc, et non, l'attaque des autres. Cette technique pourra, si nécessaire, servir à notre défense à mains nues contre une agression; légitime défense elle sera, riposte dure, nette, définitive, toujours justement proportionnée à l'attaque perçue.

Je souhaite que la lecture de ces chroniques vous apporte du plaisir à comprendre mieux l’esprit Ju (do-jutsu-gei) et vous permette de maîtriser mieux encore la pratique de votre art et la compréhension de mondes aussi différents que votre Europe locale habituelle et le Japon.

Xian.