Accueil Les chroniques de Xian Chronique de Xian n°40 : Etre et ne pas devenir
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15 février 2008 : Chronique n°40 : Etre et ne pas devenir

Au milieu des années soixante-dix du siècle dernier, les pratiquants japonais d’arts martiaux découvraient – ou plutôt, redécouvraient – le Tai Chi Chuan.
De nombreux pratiquants de judo de compétition et autres karatés empreints d’une violence extrême et parfois difficilement compréhensible pour nous Occidentaux s’étonnaient des subtilités d’un art fluide venu de l’Asie continentale. Les japonais sont, faut-il le dire, d’habiles techniciens qui repèrent immédiatement dans les produits d’importation les secrets qui transforment celui-là en un art nippon, naissait donc le Taikyokuken que de nombreux pratiquants de jiu-jitsu vont absorber et aménager.

Un des atouts des maîtres du jiu-jitsu est de ne jamais s’être cantonné dans la suffisance et d’avoir sans cesse voulu perfectionner leur art en explorant l’inconnu mais aussi le passé et les notions d’ailleurs.

L’art martial est né nulle part, pour nous Occidentaux de culture judéo-chrétienne, l’art martial est présent dès la lecture de la Bible puis des récits homériques. Le nôtre, le jiu-jitsu fondamental est une expression japonaise d’un parcours technique qui commence au berceau de l’humanité, se propage en Inde puis en Chine, enfin au Japon.

Ainsi donc, on retrouvait, vers 1980 des gestes que déjà Alexandre Minne avait enseigné en 1905, des gestes de jiu-jitsu très similaires aux techniques de Kung fu et autres boxes chinoises. Le rêve de l’efficacité absolue en combat reprenait forme et l’ambiguïté de la civilisation de paix et de guerre que nous vivons resurgissait dans les disciplines que nous pratiquons.

Alors ? Jiu-jitsu, pâle copie des Kung fu et autres Tai Chi ? Evidemment non, mais il est impossible de nier les emprunts et les améliorations apportées à des gestes faisant partie d’une des plus vieilles civilisation du monde.

Wai Cha, Nei Cha, Mo Hay par le biais du cinéma Hong Kong et de la « libéralisation politique » chinoise sont aujourd’hui connus du grand public, il faut être spécialiste pour visualiser les différences notables entre le Karate do et le Wing Tsun, mais cela est aussi vrai pour le Krav, le grapping et toutes ces sortes de choses exotiques.

On trouvera en librairie, actuellement, de nombreux ouvrages très fouillés sur les différentes disciplines martiales et leur histoire, je laisse à chacun le soin de découvrir cela.

Ce qui nous est plus particulier est la compréhension, à notre usage, de « systèmes » utiles à perfectionner notre jiu-jitsu. Ainsi, on s’efforcera de saisir cette profonde réflexion orientale propre aux pratiquants de toute l’Asie : la recherche de l’unité corps-esprit et l’on retiendra principalement que plus encore dans le sentiment nippon, le pratiquant est auteur et acteur de chaque mouvement, le moi ( l’épouvantable « ego ») est complètement immergé dans l’action, la gestuelle corporelle permet de prendre conscience d’une manière totale des forces internes et des perceptions externes.

Nous, pratiquants de jiu-jitsu, retiendrons plus encore que chaque mouvement ne doit pas être pensé en fonction d’une idée d’efficacité immédiate mais comme une manière de transcender notre énergie vitale en action positive.
Vibrer avec l’univers est aujourd’hui une action assez mal comprise dans notre milieu qui comme toute notre société vit dans l’ambiguïté de l’être et du paraître.

Dans l’art martial, il faut moins chercher à devenir autre chose qu’à se révéler soi-même, disait Bruce Lee.

Plus pratiquement, je vous proposerai dans le Forum du site une technique Wu Shu que nous commenterons, si vous le voulez bien, de manière « jiu-jitsu » à la fois dans le concept ancien et dans le concept occidental moderne...
Xian