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4 juin 2008 : Chronique n°43 : Ni combat, ni compétition

Plusieurs faits divers viennent de venir renforcer mes convictions concernant la nocivité de l’esprit de compétition qui prévaut à nouveau dans nombre d’organisations « officielles » où l’on enseigne l e jiu-jitsu.

On se rappellera que l’introduction de la « compétition » dans un enseignement sportif découle directement dans nos pays européens de la notion de « sport » laquelle est invariablement liée à celles de « subventions, subsides, allocations » dans l’esprit des organisateurs et administratifs pour lesquels très souvent (trop) la réalité tant sportive que sociale est biaisée, polluée par des notions de rentabilité financières ou électorales.

Dans la région carolorégienne, un conducteur d’autobus aurait agressé un passager, l’aurait même quasi massacré alors que celui-ci était à terre. Sous un autre angle des on-dit, il se rapporte qu’un passager aurait tenté de frapper ledit chauffeur d’un couteau de grande taille, il s’ajoute à l’histoire que le passager serait un infirme, le pilote un ancien para-commando…
Dans la banlieue londonienne, un des acteurs principaux du film Harry Potter en cours de tournage a été frappé d’un coup de couteau lors d’une altercation « entre jeunes »…
Anderlecht, un soir ordinaire, deux bandes rivales se tabassent sous les objectifs impartiaux de caméras de surveillance urbaine, on voit très bien un assailli réussir une projection par-dessus l’épaule puis être frappé par plusieurs agresseurs, être mis à mal …

Dans les trois cas relatés, le point commun est la non-finalité du geste de défense et l’engagement d’un combat de type compétitif : Yes Hello je vais gagner … Hélas, j’ai ramassé une tripotée ou pis, me voilà décédé (l’acteur anglais).
Il n’entre pas dans mon propos aujourd’hui de concept moral ou juridique concernant la « self-défense », je veux simplement rappeler que le jiu-jitsu est un art martial dont l’origine est japonaise, basée sur le principe de non-résistance à l’attaque, qu’il a été enseigné jusqu’au milieu du XXème siècle principalement pour les applications d’une série de pratiques combattantes extrêmement brutales utilisable sur des champs de bataille urbains ou restreints.
Le jiu-jitsu en tant que « do » a été étudié plus spécialement par Jigoro Kano qui, s’adaptant aux mœurs et techniques de son époque en a fait un sport. Il est normal, naturel, intéressant que ce sport comprenne un volet compétitif qui en assure l’émulation et la promotion.
Il en va tout autrement du jiu-jitsu dans son aspect philosophique qui n’a dès lors aucune affinité de compétition et encore moins dans son aspect « self-défense » où le but n’est pas le combat mais l’élimination de l’agresseur sans combattre, c'est-à-dire en appliquant une seule – et définitive, technique.
Le fait de pratiquer de la compétition sportive dans l’étude d’une technique qui se veut « définitive » est une aberration mentale puisqu’elle incite à négliger un premier geste au profit d’une victoire incertaine après un temps de « show », la réalité vitale comme on peut le constater à la lecture des trois faits cités ne se préoccupe pas de démonstration, elle est faite de gestes irrévocables.
La « self-défense » n’a pas pour origine particulière telle ou telle discipline de combat ou d’art martial, elle est incluse dans un certain nombre d’entre elles, c’est le cas de techniques idoine de jiu-jitsu. Il ne s’agit pas de mélanger l’esprit et la manière. Les techniques de défense doivent être apprises méthodiquement à partir de bases faciles à assimiler et le mélange sport - défense expose à de cuisantes désillusions, d’autant plus que les circonstances de notre vie actuelle éloignent les agressions uniques au profit de l’agression collective.

La structure des grands conglomérats habités, des sociétés industrielles et ludiques tue l’homme « naturel ». La violence et son débouché agressif sont le résultat évident de peur physique, sociale, morale, de frustration, de désordre mental par rapport à un événement personnel ou collectif, on ne va donc pas lui répondre par un esprit de compétition qui ne peut qu’augmenter le potentiel de férocité. La philosophie du jiu-jitsu (si bien accentuée par Ueshiba lorsqu’il construisit sa méthode d’aïki-jitsu devenue aïkido) de retrouver l’harmonie ne pourra s’appliquer que par la conviction qu’aurait l’agresseur du non-fondé de son acte, cette reconnaissance est peu probable dans les circonstances d’une attaque collective et donc il ya une obligation vitale à utiliser une technique qui empêchera immédiatement l’assaillant de tenter de vouloir vous détruire et dissuadera ses congénères d’actes similaires.

Tout l’enseignement du jiu-jitsu n’est qu’une tentative de revenir aux sources de cet homme naturel en démontrant qu’il ne s’agit pas d’un apprentissage de techniques (dont certaines sont éventuellement dévastatrices) mais d’une révélation de gestes naturels enfouis en nous.
Nous ne voulons pas agresser autrui mais nous ne nous laisserons pas détruire par lui.
Xian.