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4 avril 2009 : Chronique n°50 : l'art martial
 
A ce stade des « Chroniques », alors que vient de renaître ce site Jiu-Jitsu version nouvelle, il me paraît indispensable d’attirer à nouveau l’attention sur quelques notions historiques, à commencer par le mot “Art Martial”, source première du malentendu fondamental en Occident qui n’en peut de tenter la séparation entre le sport et le combat. Bien entendu, la boxe et le pugilat, la lutte et le pancrace connaissaient déjà de tels soucis bien avant nous, pratiquant de Wushu ou Bujutsu, modernisé ou traditionnel.

C’est au travers des revues « papier » des années 1950-1960 que nous sont arrivés en langue française les termes arts martiaux, traduction de plusieurs vocables américains colportés par la revue Black Belt et quelques autres.

Les formes de combat chinoises nous sont familières depuis la révolte des « Boxeurs » qui fut une insurrection nationale initiée par une société secrète pratiquant la boxe chinoise. La lutte opposa le gouvernement de l’impératrice Cixi et ses alliés aux « étrangers » (ceux-ci étant en fait les représentants des états suivant : Empire austro-hongrois, France, Allemagne, Italie, Japon, Russie, Royaume-Uni et États-Unis d'Amérique). Durant la période 1890-1901, de nombreux Japonais et Occidentaux s’initièrent à ce combat corps à corps que pratiquaient les Chinois. Les Japonais en importèrent de nombreuses techniques qu’ils modifièrent et rendirent assimilables au sein de leurs techniques propres de combat similaires, alors essentiellement le Jiu-Jitsu.

Certaines écoles firent ainsi des emprunts importants à des techniques chinoises, mais aussi mongoles et indiennes.

C’est à partir de ce moment que des voyageurs rentrant d’Extrême-Orient rapportèrent eux-mêmes des techniques apprises sur place et invitèrent en Europe et en Amérique des Japonais (devenus « gentils » alors que les Chinois étaient restés des « méchants ») qui venaient en démonstration pour promouvoir des formes de combat corps à corps qui seraient utiles dans notre société du XXè siècle naissant.

A cet instant naquirent les « arts martiaux modernes » qui vont être utilisés à de nombreuses fins de propagande politico-sportives.

Les journaux du début des années 1900 firent grand tapage à Londres, Paris, Rome, Berlin, des méthodes orientales de combat et l’on préconisa d’enseigner le Jiu-Jitsu dans les corps de police et à l’armée.

Rapidement, grâce aux efforts de Jigoro Kano et à la politique de « Vie au grand air et des Sports » le Judo se pratiqua en Europe occidentale et aux États-Unis.

Après 1945, nous arrivèrent de « là-bas » le Karaté, l’Aïkido, le Kendo. Le Jiu-jitsu, étant impossible en compétition sous peine de perdre son âme, fut relégué au grenier des vieilleries pour en ressortir lentement à partir de 1960. La vigueur des films « Hong Kong » et le dynamisme fracassant des briseurs de tuiles et autres planches prit le pas, les médias s’enflammèrent pour toutes sortes de disciplines dont on ne sait plus au juste aujourd’hui qui est qui. La confusion des esprits qui était déjà courante devint totale.

Depuis une vingtaine d’années, les « Budo » (sic) occidentaux sont un invraisemblable amalgame de techniques parfois intéressantes et efficaces mais n’ayant aucun fond, on les dit même arts de guerre (un ancien de Corée, du Vietnam, du Congo ou du coin de la rue sombre vous montrera qu’il n’en est rien !) tandis que d’autres sont devenus « sports » avec tout ce que cela comporte y compris cette étonnante reconnaissance d’infériorité : les catégories de poids. On ajoute même des « ka » partout, les candidats yudansha – au mieux, se voient tous devenir judo-ka, karate-ka, ju-jutsuka… (on disait jiujitsuan ou jiujitsueur avant 1965) puisque ka en japonais signifie « EXPERT ».

Et ce que l’on appelle « traditionnels » ? Ce sera l’objet d’une prochaine chronique…

Sachez qu'en Extrême-Orient aucun Chinois, ni aucun Japonais, ne fait cette confusion : sport, combat. Là-bas, tout Wushu ou Bujutsu est l'Art du combat guerrier à MORT, et tout “Kung-fu modernisé” ou Budo sportif est un “jeu” préparatoire… soyons pragmatiques et osons dire : heureusement ! car il serait dommageable de mettre de vrais enseignements mortels « en toutes mains ».

Faut-il donc abandonner mon prof me demande Untel, faut-il aller vers des techniques dures, supprimer toute compétition me demande Tel autre. Bien entendu : NON ! N’abandonnez pas votre cours actuel, perfectionnez-vous jusqu’à la limite supérieure (la vôtre ou celle de votre enseignant). Puisqu’il n’est guère possible à la majorité d’entre nous de fréquenter régulièrement un Maître incontestable, il faut chercher en soi le chemin, la voie, le DO.

Pour progresser, pour comprendre, saisir, appréhender, s’imprégner, il faut pratiquer, essayer, se confronter. Oui mais quel style ?

Qu’importe le style, toutes les méthodes un peu structurées et sérieuses sont valables pour le débutant, sont correctes pour celui qui souhaite pratiquer pour le plaisir, le « fun », l’ambiance, le climat… ou plus simplement pour en retirer des bienfaits physiques ordinaires. Les écoles de Jiu-jitsu sont un excellent endroit pour se décharger des stress «modernes», pour découvrir des chemins de pensées positives.

Il faut intégrer la pensée que le Jiu-jitsu « ordinairement pratiqué en salle, publique, est un apprentissage de vie sociale actuelle. On s’y rend pour l’acquisition d’une respiration, d’une souplesse, de techniques de « duel sportif » rituel sans intention aucune de blesser, détruire, occire.

Il faudra se souvenir qu’un tel pratiquant habitué aux règles n’est pas armé pour un combat de survie, qu’un tel pratiquant est très vulnérable aux assauts d’agresseurs expérimentés dans l’art d’attaquer pour tuer.

Nos école actuelles de jiu-jitsu, dans nos villes et campagnes, paisibles quoi qu’en pensent certains Cassandre, ne sont pas des écoles de combat même si l’on peut penser qu’un pratiquant de bon niveau peut réellement se défendre contre un opportun occasionnel. Nous revoici à la confusion donc dont il était question dans les premières lignes de ce texte : art « martial » oui, si l’on veut, guerrier tel qu’il est enseigné habituellement, non, pas du tout et je le redis : heureusement ! l'idéal guerrier étant l'art de tuer l'ennemi pour ne pas être tué.

Il s’est substitué dans les dojos traditionnels, une autre notion fondamentale de la vie et du respect de celle-ci, cela sera l’objet d’une autre chronique, encore.

Et donc celui qui veut redécouvrir des savoir qui ne se transmettent que très rarement doit chercher en sa propre pratique, reconsidérer chaque gestuelle, la replonger dans le contexte idéal, si difficile à atteindre ou à comprendre lorsque l’on est un habitant pacifique du XXIe siècle.

Comment générer cette recherche lorsque nous sommes éloignés de tout enseignant ayant acquis de tels savoir ou de théâtres de combat réel.

Et pour quoi faire ?

Pourquoi retrouver des gestes fondamentaux ?

Précisément pour atteindre cet idéal de sérénité qui habite le sage qui « connaît », qui « sait », qui est.

Lors de chaque recherche, il faudra se souvenir de quelques notions historiques pour démonter l’essence même de la technique et son sens physique et psychique le plus profond. Ainsi, il faut garder présent à l’esprit que le Jiu-Jitsu nous vient d’un temps et d’un pays où « l’ennemi » est armé, le plus souvent d’un sabre. Le porteur du katana sait s’en servir, il sait même que le sabre auquel on donne tant de vertus est une lame qui n’a qu’un but : couper le plus de têtes possible.

Notre réflexe sera donc de nous garantir de cette lame, autrefois de détruire son escrimeur, aujourd’hui par la voie de l’esprit, d’apaiser le porteur de cette idée de mort ou de désastre.

Ainsi donc l’orientation permanente « orientale » du combat qui était la saisie de ces mains porteuses de mort, l’orientation occidentale étant naturellement plus dirigée vers la frappe (boxe) se combinent et ces deux concepts basiques se retrouvent dans la progression que nous souhaitons faire.

Comme tout judoka, j’ai un « spécial » qui est hane goshi, j’en aurais parlé volontiers mais n’aurait-ce pas été porter ombrage à d’autres qui comme moi aimaient tant pratiquer ce mouvement si curieux (Kawaishi, mais aussi mes mentors Leroy et Noël) – je reviendrai donc banalement à O soto gari qui était autrefois en Europe le premier mouvement enseigné au débutant. C’est aussi une des plus efficaces projections de compétition. Jusqu’au début des années 1980, elle venait juste après l’Uchi-Mata dans les championnats officiels, mais depuis l’apparition d’un enseignement très différent, elle a un peu perdu de son autorité. Il n’en reste pas moins vrai qu’elle reste une des plus efficaces.

Trois types de projections par l’extérieur ressemblent à O Soto Gari et qui bien souvent sont mélangées (en compétition de judo) à tel point qu’il n’est pas toujours aisé de préciser le mouvement exact. Ce sont O Soto Gari où l’on fauche la jambe sur laquelle le poids du corps repose incomplètement, le O-Soto-Guruma dans lequel on enroule plus que l’on fauche l’adversaire vers l’extérieur et parfois en barrant les deux jambes, et le O-Soto-Otoshi dans lequel on attaque la jambe supportant tout le poids du corps en renversant l’adversaire sans faucher.

O Soto Gari est un mouvement de grande amplitude qui demande une certaine force pour retenir le partenaire projeté, or, sans la projection, le mouvement est mal interprété, il en va de même du mouvement similaire de karaté ushiro geri (en style wado ryu).

O soto gari et premier de jambe ne sont qu'une manière de désigner un mouvement physique que d'autres appellent grand fauchage extérieur, le but est d'avoir un langage commun qui permette de parler de la même chose entre pratiquants du bout du monde.

Au dojo, la différence n'existe qu'entre bien pratiqué et mal appliqué, elle s'appelle ippon !

Personnellement, j'ai commencé judo (méthode Kawaishi ) avec un moniteur qui mélangeait sans complexe les numéros. En allant un peu partout, j'ai donc appris "japonais" en pratiquant bien ou mal le mouvement désigné.

Et le plus simple fut au Japon où pendant une première demi-heure j'ai bien cru que toutes les techniques se nommaient a so desuka + sourire jaune....

Cet o soto gari réouvrirait donc bien le côté technique de cette chronique que j’ai laissé dormir un peu trop longtemps …
Xian