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15 mai 2009 : Chronique n°51 : Pacifisme conscient
(kokoro-é : obtenir l’esprit)

L’art martial aujourd’hui, c’est le pacifisme conscient.
Le jiu-jitsu est l’âme de l’art martial japonais, c’est une évidence, mais le lecteur plus familiarisé à d’exotiques vocables aujourd’hui connus, venant d’autres pays d’Asie, d’Afrique, d’Amérique peut s’identifier sans crainte à l’un ou l’autre chapitre d’une pratique séculaire qui n’a que faire de querelles de clochers.
Dans l’art martial, en jiu-jitsu, plus spécialement sans doute, du fait de son patrimoine historique, toute acquisition technique, toute amélioration dynamique de la gestuelle vécue avec sincérité entraînent une modification imperceptible mais réelle de notre personnalité. C’est un grand bonheur et un bienfait, ce changement ne pouvant qu’aller dans le sens d’une plus grande confiance en soi-même amenant à une réelle liberté de rapport à autrui.
On me parle souvent de style, de méthode, de règles d’école… cela a son importance, bien sûr, et il importe au pratiquant de pouvoir à ses débuts identifier les repères indispensables à sa progression, son évolution, l’idée qu’il se fait de sa connaissance de l’art et du niveau relatif où il se trouve.
Il ne faut cependant pas s’enfermer dans un monde clandestin ou particulier, aujourd’hui ne ressemble pas à hier. Tout est pareil et tout a changé… en fait, tout change tout le temps, le monde évolue sans arrêter sa marche à aucun moment : la tradition est vivante lorsqu’elle ne s’oppose pas à ceux qui la pratiquent ou la vénèrent. La sclérose est le contraire du geste, le jiu-jitsu est un courant de pensée qui s’exprime essentiellement par la gestuelle.
Des études qui se cantonneraient au passé, des techniques qui se raidiraient contre l’évolution, des pensées qui tenteraient de bloquer le mouvement de la spirale de la vie ne mènent à rien. Bloquer les transformations, refuser de progresser c’est encourir le risque de disparaître.
Dans la pratique, on s’efforcera de recopier les gestes anciens, de les comprendre, de les assimiler, cela s’appelle apprendre les bases. Une fois celles-ci acquises, fouler le tatami c’est donner libre cours à la recherche d’un sens au geste que l’on fait, c’est refuser la pantomime pour découvrir l’art.
Cet art est propre à chacun et le jiu-jitsu doit devenir un acquis unique qui n’a rien de commun avec une tradition martiale qui ne serait que guerrière assez inutile au combat ou depuis longtemps déjà les armes meurtrières sont aux mains de malandrins qui n’oseraient vous affronter les yeux dans les yeux.  Cet art est précisément celui qui vous conduit à vous intéresser à un futur où la paix est en soi et où l’arme n’a plus de nécessité.
En suivant ce chemin de la paix de l’âme (michi) en polissant vos techniques (jutsu) vous quittez le monde des esclaves de l’émotion pour entrer dans celui des bienheureux de la sérénité.

Dans la chronique précédente, je vous ai parlé de cet o soto gari, grand fauchage extérieur, voici peut-être l’occasion d’y revenir pour tenter de comprendre cette « évolution gestuelle » dont il est question.
Le propos étant plus technique et précis, ce sera donc l’objet d’une rubrique dans « la chronique technique » …